On ne voit bien qu’avec le cœur :


Une histoire karmique



« Quand le sentiment et l'amour deviennent forces de connaissance »


Rudolf Steiner



« On ne voit bien qu’avec le cœur.

L’essentiel est invisible pour les yeux. »


Saint Exupéry



Ce qui suit est issu de la seizième conférence du cinquième volume sur les considérations karmiques de Rudolf Steiner.


Après un déroulement un peu complexe pour les personnes non habituées à l’anthroposophie, nous ne donnerons que l’exemple que Rudolf Steiner nous apporte de ce déroulement. Cet exemple montre, dans la vie du sentiment et de la moralité humaine, comment des fils karmiques peuvent se tisser. Cela peut nous donner une idée du « pourquoi nos vies actuelles ».


« Je vais éclairer ce que je viens de dire par un exemple. Vous savez déjà par la manière dont j'ai présenté de tels exemples qu'ils sont effectivement puisés à une investigation spirituelle animée du sens de la responsabilité. En voici un exemple :


Une individualité vivant peu de temps avant la fondation du christianisme dans l'Orient européen-asiatique, avait pour tâche - une tâche qui ne la satisfaisait guère - d'exercer la surveillance principale sur un certain nombre d'esclaves qui étaient la propriété d'un homme.


La vision suprasensible conduit à cette situation où une âme humaine, à cette époque, incarnée dans le corps d'un surveillant d'esclaves, devait exécuter tout ce que décidait leur maître, qui était dur.


Les esclaves avaient à faire directement au surveillant, et des rapports entre celui-ci et eux s'établirent, inspirés par une impulsion morale. Mais l'âme du surveillant est en fait habitée par des sentiments ambigus. Il lui est contraire d'exécuter les mesures souvent dures, cruelles, dont l'ordre lui est donné par son maître. Il le fait pourtant, parce qu'il est accoutumé à ce rapport, parce que l'on trouve naturel à cette époque de se comporter ainsi.


Réfléchissez seulement : les humains sont-ils aujourd'hui toujours comme ils voudraient être ? - Ils ne réfléchissent pas pour savoir s'ils sont comme ils devraient être. Par là ils s'abusent sur le décalage entre ce qu'ils sont et ce qu'ils voudraient être. Cette âme n'était donc pas ce qu'elle aurait dû être, mais au fond d'elle-même elle ressentait une pitié profonde, un amour profond pour les malheureux esclaves à qui elle devait faire subir des cruautés.


Mais pour des raisons liées, dirais-je volontiers, aux habitudes sociales, elle leur infligea beaucoup de choses très pénibles. Elle devint par là co-responsable, alors que naturellement était responsable au premier chef leur maître et propriétaire.


Les deux individualités revinrent au milieu du Moyen Âge, formant cette fois un couple. Le maître des esclaves revint dans une incarnation masculine, le surveillant dans une incarnation féminine.


Cet homme qui se réincarnait au milieu du Moyen Âge, l'ancien maître des esclaves, occupait dans une sorte de communauté villageoise une position qui n'était pas précisément agréable. En un certain sens, il était une sorte de fonctionnaire de police. Il lui fallait régler tout ce qui arrivait dans la commune, et sa situation était en fait extrêmement pénible. Quand on recherche pourquoi, on découvre que ces villageois étaient en grande partie les esclaves qu'il avait autrefois possédés, et qu'il avait fait maltraiter par son surveillant.


Karmiquement parlant, la chose apparaissait maintenant sous cette forme : le maître des esclaves était certes un fonctionnaire supérieur, mais aussi un geôlier sur qui tout retombait, et retombait aussi sur sa femme.


En même temps, du fait que cette femme devait subir tout ce que les esclaves devenus villageois faisaient retomber sur le mari, le karma entre l'épouse, qui avait été le surveillant, et le maître des esclaves, vint à se régler.


Le lien qui les unissait se dénoua ; mais les liens entre le surveillant - réapparu dans une incarnation féminine - et la commune, le village, n'étaient pas encore dénoués. Ils se retrouvèrent donc ensuite, au XIXe siècle. L'ancien surveillant, dont le rapport avec son maître d'autrefois avait été mis en ordre, apparut dans le grand pédagogue Pestalozzi, et ceux qui avaient été les esclaves furent les êtres auxquels il dispensa ses bienfaits de pédagogue.



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