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Rencontrer son Ombre



Attention danger ! Ce rendez-vous n'est ni innocent ni anodin ni inoffensif. Les conséquences de cette entrevue laisseront des traces. Il s'avère préférable d'y être préparé et il est indispensable que le moi conscient s'achemine le plus consciemment possible vers ce qui a priori se définit comme un adversaire : cet autre moi qui est moi et que je ne connais pas.


Moment douloureux de toute analyse où la fuite, certainement désirée, ne ferait qu'aggraver la situation. Il faut assumer et jouer le jeu jusqu'au bout en effectuant le parcours dans l'ordre des étapes, la première consistant absolument et sans détour à voir et reconnaître en soi l'existence réelle des aspects noirs de la personnalité.


Dans Aïon, Jung écrit : « Cet acte est le fondement indispensable de tout mode de « connaissance de soi » et, par suite, se heurte, en règle générale, à une résistance considérable. »


Le face-à-face avec l'Ombre implique la loi du contraire.


Une position et sa contrepartie qui mettent en vis-à-vis, en confrontation, des noyaux dynamiques, forces bien souvent inégales aux fonctionnements parfois unilatéraux.


Tous les pas qui font réintégrer l'ombre sont des pas qui mènent vers la lumière. Il est impossible de se diriger vers le Soi sans l'incorporation des contenus inconscients qui permettront un élargissement de la conscience. Se propulser vers la cime équivaut à s'enfoncer le plus profondément vers les racines : le côté le plus sauvage de chacun cohabite avec le côté le plus évolué.


Ainsi, dans cet espace hostile de la psyché qui ressemble à un cachot dont les murs reflètent les hideuses apparences de qui il est, grâce à sa reconnaissance et à sa prise de conscience, le moi peut comprendre et accepter ses images, les dynamiser et les transformer.


Un, unique, indivisible… C'est en ces termes que Carl Gustav Jung parle de l'être en quête de son unicité car le but du processus d'individuation est de parvenir à l'unité de soi-même.


Cependant durant cette démarche, la conscience, envahie par les peurs et les projections de l'inconscient, s'assombrit en aliénant le moi qui perd ainsi sa lucidité. Ce dernier en se confondant avec ce double, cet autre lui-même qui le réprime et l'opprime, court le risque de projeter sur le monde extérieur et sur les autres sa propre part d'ombre.


Le monde illusoire s'écroule et la mise à jour, le plus souvent brutale et inattendue, de tout ce qui se tenait caché, travesti et refoulé, déchire le voile épais et obscur de l'ignorance de soi et de sa complaisance. Ce que le moi avait élaboré avec bien des excuses et des stratagèmes, pour dissimuler ses manques ou ses faiblesses, tombe comme autant de mensonges et de faux-semblants, qui avaient le seul mérite de permettre de sauver la face visible de la personnalité.


Les rêves révéleront la face cachée, mais véritable, telle une ombre éclairant la nuit. Dans cette vie onirique, inutile de sauvegarder les apparences, inutile d'avoir peur de son ombre puisqu'elle incarne le formidable message qui pousse à rétablir la vérité en regardant en face ce que nous avons tenté d'occulter. Ainsi le rêve nous fera-t-il apparaître, tyran, monstre, sorcière… et vont viennent les ombres du jour et celles de la nuit.


Tout ce qui est contenu dans l'ombre est inconscient, inconnu de la conscience, jusqu'au moment où par le truchement d'un événement, d'une situation, d'un rêve, d'une personne son surgissement nous assaille d'une manière le plus souvent désagréable et perturbante.


De l'ordre du collectif, l'ombre charrie la terreur ancestrale de l'humanité depuis l'aube des temps et se tient tapie dans les méandres du cerveau reptilien. Cette peur immémoriale se montre sous les traits les plus obscurs de ce grand et incontournable archétype primordial.


Notre culture occidentale mythifie le plus souvent ce concept de l'ombre au féminin. Dans notre enfance, elle se dévoile sous les traits de Cruella, de la sorcière… Plus tard, la Camarde brandissant sa faux et révélant son dessein destructeur inspire les émotions les plus dévastatrices et les plus angoissantes. Touchées par cet archétype inquiétant, les zones d'ombre laissent surgir toutes les énergies archaïques du moi le confrontant à ses phobies et ses enfermements psychiques. Entre autres représentations, Kali, déesse hindoue, assoiffée de sang, personnifie une ombre collective puissante et terrifiante, qui alimente et colore, sur le plan individuel, différents lieux psychiques : le moi et sa persona, l'anima et l'animus.


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