• Principaux archétypes


• Persona


Persona vient du nom des masques que portaient les acteurs dans le théâtre antique. Ils faisaient résonner leurs voix (per suonare) et les portaient au loin permettant au public de reconnaître le rôle qu'ils tenaient : roi, reine, etc.. Jung en donne la définition suivante : « C'est une commodité de fonctions qui s'est formée pour des raisons d'adaptation ou de commodités nécessaires mais qui n'est pas identique à l'individualité. Elle se rapporte uniquement aux relations avec le monde extérieur. Une zone intermédiaire entre la conscience du moi et les objets du monde extérieur. C'est un compromis entre l'individu et la société quand à ce que l'individu paraît être ».


C'est également un système d'adaptation ou la manière avec laquelle on communique avec le monde. C'est aussi ce que quelqu'un n'est pas en réalité mais que les autres et lui-même pensent qu'il est.


Une sorte de masque social, une façade protectrice du Moi car la persona représente ce que chacun se représente pour lui-même et pour son entourage et non ce qu'il est.


Tout être humain a une persona, c’est-à-dire un paraître, définissant le rapport visible avec les autres qui rend possible son insertion dans le réseau social des communications. C'est la forme que prend la personnalité en fonction de son environnement. Elle simplifie les contacts car on sait ce que l'on attend d'un rôle social précis de coiffeur ou de médecin par exemple. De même que le médecin ou le coiffeur savent quel rôle implique leur profession.


Ex. : Un chef d'entreprise n'a pas la même attitude en famille, qu'à l'usine ou avec ses clients, dans chacun de ces cas, la société attend de lui qu'il ait un comportement adéquat. S'il n'y répond pas, il diffère des autres et attire la méfiance ne correspondant pas à l'image qu'il est censé représenter. Chaque profession possède sa propre persona, le médecin, le psychologue etc.


Chacun a besoin d'une identité et plutôt que de s'efforcer à découvrir celle qui leur est propre, beaucoup de gens acceptent de revêtir une identité collective, telle que « mère », « père », « bibliothécaire » ou « informaticien ».


Une image choisie à laquelle on se conforme qui correspond à un manque de profondeur, de naturel, une image superficielle en correspondance parfois avec l'idéal du moi. Mais dont le danger est de perdre de vue sa vraie personnalité (masquée par la persona).


Il ne s'agit pas de supprimer le masque, mais de ne pas s'identifier à un rôle social et à une image. Il faut en prendre conscience pour s'en tenir à distance et communiquer réellement.


• Ombre


Ce n'est pas la totalité de la personnalité inconsciente, mais la partie qui pourrait appartenir au conscient si elle n'avait pas été repoussée. On peut faire le parallèle avec le refoulé de Freud. Mais Freud analyse le mécanisme, Jung observe comment l'ombre se manifeste au sujet.


Outre les pulsions ou instincts refoulés, elle comprend la fonction et le type d'attitude inférieurs et représente le manque à chaque personnalité, elle est pour chacun ce qui aurait pu vivre et qui n'a pas vécu et figure auprès de l'homme la conséquence de ses choix. Ce que la personnalité a réprimé en s'organisant. Elle pose ainsi la question de l'identité : « Qui es-tu par rapport à ce que tu aurais pu être ? ».


Ainsi, l'ombre pour Jung est essentiellement le contenu de l'inconscient personnel qui a un lien avec le passé individuel appartenant en propre à chacun.


Mais elle fait également partie de l'inconscient collectif sous forme d'archétypes tel que le diable etc., les figures du mal. Ce sont alors les instincts bas de l'homme, des défauts, des vices contre lesquels lutte le Moi et qu'il refoule au plus profond de lui-même et d'autant plus qu'il est puissant.


Mais c'est l'homme inconscient et comme tel il comporte aussi un certain nombre de bonnes qualités. Pulsions créatrices, instincts normaux, réactions appropriées.


Il existe en elle des dynamismes qui n'ont pas eu la possibilité de devenir conscients. Elle représente les valeurs que le conscient rejette comme incompatibles avec la persona.


Ex. : Une personnalité puissante aura dans sa persona un enfant débile.


Ce sont des composantes psychiques que nous n'acceptons pas parce que colorées négativement par des jugements moraux ou ressenties comme dangereuses ce qu'elles sont en effet lorsqu'elles sont non intégrées.


Plus nous refusons d'admettre l'existence de désirs obscurs, plus l'énergie accumulée autour de l'ombre est grande. Pour finir la somme d'énergie est si forte qu'elle ne peut plus être refoulée dans l'inconscient. La marmite déborde.


Parfois l'énergie nous possède et nous faisons des choses que nous préférons oublier après coup : ne pas se souvenir de ce que l'on a fait après avoir été enivré par exemple. Mais c'est également à rapprocher de crimes sadiques commis par des hommes prêchant la vertu. Ou bien encore une femme assassine violemment son mari, au lieu de prendre conscience du fait qu'elle ne le supporte plus. Si elle avait reconnu en elle les sentiments de haine qui existaient de façon inconsciente, elle aurait pu soit quitter son conjoint, essayer de changer la situation, soit affronter ses propres sentiments.


• L'ombre et sa projection


Le contenu de l'ombre qui n'est pas maîtrisé est le plus souvent projeté sur autrui, que l'on accuse en bouc émissaire, de ce qui gêne et n'est pas reconnu en soi-même.


On y trouve tout ce qui fait obstacle à la relation claire avec autrui, cette masse d'amertume, d'agressivité, de jalousie, qui obscurcit le milieu psychique et la relation. Ces éléments qui ne restent pas enfouis dans l'inconscient mais se projettent sur les personnes qui servent de support. On critique ce qu'on ne comprend pas, on dévalorise pour ne pas se sentir écrasé. Ce sont des jugements projetés qui amènent à porter sur les autres des jugements dépréciatifs. Le racisme est une manifestation de l'ombre.


On projette ainsi sur autrui ce que l'on ne veut pas reconnaître en nous-mêmes et on l'accuse de nos propres défauts. Des traits indésirables de notre personnalité.


Nous voyons en nos ennemis tout ce que nous ne voulons par voir en nous-mêmes. Il n'est donc pas étonnant que nous tentions de les détruire avec une telle férocité.


C'est pourquoi il est important de prendre conscience de notre ombre et essayer de l'intégrer à notre propre personnalité, même si elle demeure l'éternel antagoniste. Quand ces traits indésirables sont intégrés, ils font partie de nous. Nous en sommes conscients. On ne les projette plus sur autrui. Ils ne sont plus personnifiés dans l'inconscient et on a intégré une partie de notre âme qui était niée.


Il n'est pas facile de confronter l'ombre. Pour pouvoir la reconnaître nous devons admettre nos projections puis les supprimer les unes après les autres.


Elle représente aussi la face cachée de l'individu. C'est la raison pour laquelle bien des analyses Jungiennes butent sur cet obstacle à franchir, le patient tenant à garder ses illusions et ses idéaux rassurants.


L'ombre dans les rêves se comporte de façon compensatoire par rapport au conscient, aussi son action peut être aussi bien positive que négative.


Elle se repère à des figures qui ont le même sexe que le sujet et qui sont les principaux acteurs de ses rêves et des fantasmes. Ces personnages ont des traits de caractère et des façons d'agir qui sont la contrepartie de la personnalité consciente. Elle déploie ses contenus en donnant des formes qui peuvent être empruntées à l'être sous son aspect minéral mais aussi le plus souvent animal et humain. Ces composantes psychiques sont le plus généralement projetées à l'extérieur. C'est au fur et à mesure de la prise de conscience que les figures de l'ombre se manifestent au psychisme.


Exemple : Une personne avec laquelle on est en conflit dans un rêve peut symboliser des traits de caractère en nous que nous ne voulons pas reconnaître.


Exemple : Les animaux à sang-froid ou les cataclysmes représentent les zones les plus primitives. Elle apparaît souvent sous la forme d'une créature inhumaine ou bien d'un personnage repoussant ou désagréable. Mais, plus on prend conscience de notre ombre, plus elle évolue, la forme deviendra alors plus humaine, mais méprisable, et enfin tolérée. C'est une forme vague qui évolue aussi en une forme plus précise.


Ces figures se modifient et se transforment avec l'évolution de la personne car l'ombre demeure l'éternel antagoniste. Elles sont toujours l'ensemble de ce que le sujet ne reconnaît pas et qui le poursuit inlassablement. Elles ne sont terrifiantes que lorsque la personnalité s'est cristallisée, fixée sur une manière d'être ou d'agir. À ce moment-là, par le processus de compensation se manifeste l'ombre dans le rêve.


La prise de conscience de l'ombre désarticule le Moi, lui fait perdre ses repères, le plonge dans la régression, pourtant c'est la voie obligée vers le processus d'individuation. Car elle met le conscient en relation avec d'une part le refoulé inconscient et d'autre part avec ses potentialités non encore émergées. Ces contraires cherchent par la suite à s'équilibrer en une unité.


Selon Jung cette expérience est la porte du réel, elle élimine les identifications imaginaires. "La connaissance de soi est un processus qui conduit à composer avec l'Autre en nous". C'est aussi la rencontre avec notre fonction inférieure représentée par quelqu'un de même sexe que le rêveur, qui doit ensuite se tourner vers des figures de sexe opposé.


Une fois intégrée l'ombre, il se pose deux nouveaux problèmes dans les rêves et dans nos projections sur le monde qui apparaissent par des figures de sexe opposé :


L'ombre est maintenant représentée par une personne de sexe opposé.


Un archétype impersonnel et collectif de relation entre nous et le monde extérieur ou intérieur qui est l'anima-animus. Cette relation est représentée par le sexe opposé parce que notre relation au sexe opposé est fondamentale dans notre vie adulte.


• Anima-Animus


Vient de âme pour Jung : personnalité autonome qui structure notre vie intérieure et se projette à l'extérieur sur le monde. D'après les rêves et les contes de fées, les mythes, il semble que pour l'homme l'âme apparaisse comme féminin, tandis que la femme l'éprouve masculine. C'est pour cela que Jung va utiliser les termes anima et animus plutôt qu’âme. Mais aussi pour les distinguer de l'âme au sens chrétien, essence immortelle de la personnalité. Anima et animus seraient plutôt une part de la personnalité. Jung nomme son anima Salomé. Il va dialoguer et correspondre avec celle-ci. (cf. "Ma vie")


Il s'agit de la partie inconsciente des traits de l'autre sexe que chaque humain porte en lui. C'est une disposition innée.


L'anima est l'aspect féminin de l'inconscient masculin. L'animus est l'aspect masculin de l'inconscient féminin.


Leur intégration est plus difficile que celle de l'ombre.


Avec l'ombre on acquiert son propre reflet, avec l'anima/animus ce qu'il faut pour être entier.


« Cette image est un conglomérat héréditaire inconscient d'origine très lointaine, incrusté dans le système vivant ».


Anima et animus ne proviennent donc pas d'une intériorisation d'images parentales. Les parents en sont plutôt la première actualisation.


Anima et animus ne sont pas seulement présents dans les productions inconscientes mais aussi dans le comportement et la vie affective. Ils filtrent notre relation au monde puisque l'animus de la femme engendre une intellectualité simpliste et illogique, des opinions spontanées, non préméditées. L'anima engendre des sentiments influençant le jugement et le faussent. Une sorte de féminité archaïque incontrôlée, une émotivité rudimentaire ou submergeante.


En fonction du vécu de chacun ils fonctionnent comme des complexes autonomes et mettent en cause l'identité sexuelle tant sur le plan oral, anal, phallique qu'œdipien. Ils ont une action plutôt négative s'ils demeurent inconscients.


Se libérer de cette emprise passe par une mise à distance. Il s'agit de différencier anima et animus des imagos parentales et du Moi.


Et l'on parvient à l'anima ou à l'animus par la connaissance de l'ombre. (L'anima et l'animus ne sont pas les pôles complémentaires du masculin et du féminin chez l'homme et chez la femme, ce sont les partenaires du dialogue avec l'inconscient, structures dynamiques qui devraient fonctionner comme un pont ou acheminant les images de l'inconscient collectif, à l'instar de la persona qui constitue une espèce de pont vers le monde). Fonction de relation à l'inconscient.


Alors seulement leur action devient positive et maturante, une fois qu'ils ont été intégrés.


Et « L'anima donne à la conscience de l'homme sa capacité de relation et d'alliance .../... l'animus donne à la conscience de la femme une capacité de réflexion, de délibération, et de connaissance de soi-même ».


A l'homme l'anima donne le lien à l'autre, cherche à unir, rassembler. À la femme l'animus donne l'affirmation de soi et la parole. Cherche à différencier, reconnaître.



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