Débuts de la psychiatrie


Aliénation mentale et science


Philippe Pinel impose la dignité du citoyen, même mentalement affaibli et handicapé, qui doit être traité et guéri. Pinel a « libéré les malades mentaux de leurs chaînes ».


La psychiatrie devient l'approche médicale rationnelle et systématisée de l'« aliénation mentale », terme qu'on utilisera longtemps aux XIXe et XXe siècles pour remplacer les termes ambigus de « folie » et de « vésanie ».


La médecine aliéniste s'organise, en classant les signes, en décrivant des symptômes, en recherchant les causes des troubles observés.


Sont publiés de nombreux ouvrages savants : le plus connu (fin du XIXe siècle) est le vaste Traité de psychiatrie par l'allemand Émile Kraepelin.


Approches systématisées des types d'aliénations


Dans l'esprit nosographique classant les malades, deux courants médicaux s'opposent :


L'approche organique


La cause de maladie appartient à des lésions du cerveau, ou de l'appareil neurologique : c'est « l'organogénèse » (Kraepelin nommera plus tard « les maladies endogènes » celles relevant d'une atteinte somatique repérée). Mais les connaissances du cerveau à cette époque sont encore rudimentaires. Les « causes » de l'aliénation restent vagues : coups sur la tête, atteintes de l'encéphale, maladies des nerfs, dysfonctionnement de la sécrétion d'idées…


L'approche psychique


La cause de maladie réside dans les dérèglements de la pensée et de la connaissance. C'est ici l'appareil psychique qui est considéré (le domaine mental) Kraepelin appellera « maladies exogènes » ces maladies dues à des causes extérieures à la physiologie.


Les hôpitaux psychiatriques départementaux


Jean-Étienne Esquirol, aliéniste successeur de Pinel, joue un rôle important sur le plan administratif et législatif : il inspire la loi de 1838, qui, signée par Louis-Philippe, organise et réglemente la prise en charge des malades par mesure de protection sociale (cette loi s'appliquera jusqu'en 1990).


La loi fait construire un hôpital psychiatrique par département. Elle distingue deux types d'internement :


le placement d'office, par le préfet ;


le placement selon la volonté du peuple, appelé « placement volontaire », qui comporte aussi le « service libre » si le malade est hospitalisé avec son consentement.


Les hôpitaux psychiatriques départementaux :


ils font œuvre de santé pour les internés ;


ils sauvegardent l'ordre public ;


ils sont très repliés sur eux-mêmes (quotidien sévère et morne) ;


en marge de la société, ils renferment malade et personnel inculte vivant en quasi-isolement.


Au fil du temps ces hôpitaux psychiatriques seront décriés car ils paraîtront protéger davantage la société de la folie que le malade de son aliénation.


Ils seront accusés de favoriser la « chronicisation » du malade derrière la porte close, sous le poids hiérarchique sévère, ou par violence feutrée du paternalisme.




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