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Le stress au travail


Le stress au travail et le risque psychologique


Les notions de risque psychologique et de stress au travail sont liées. Les problèmes psychosociaux en rapport avec la psychologie des individus découlent directement du stress.


Il existe cependant un continuum entre un stress normal et un stress « dangereux » pouvant être qualifié de risque psychosocial.


Les raisons ou facteurs de stress correspondent aux conditions physiques et relationnelles de travail : ergonomie, pratiques de management, organisation du travail, comportement des clients, etc.


Lorsque la surcharge de travail (pression des objectifs, urgence du temps), les comportements d’un manager, la perte d’autonomie, ainsi que l’isolement social (le délitement du collectif) deviennent des contraintes : cette surcharge pèse sur la structure psychique de l’individu.


Ces différentes pressions obligent l’individu à faire un effort d’adaptation qui peut le déborder lorsque cet effort est trop long ou trop important. Les facteurs de stress sont évalués par l’individu, ce qui fait que chacun va réagir différemment à situation égale. Cette réaction de stress s’effectue en deux étapes qui vont de l’état de stress (« je suis stressé ») à la stratégie d’adaptation (coping en anglais).


Le professeur Lazarus, célèbre psychologue américain, a démontré que l’état de stress correspond à l’évaluation qu’un individu se fait d’une situation. Cette évaluation s’effectue à travers un ratio entre un sentiment de contrainte et un sentiment de pouvoir faire face. Plus ce ratio est négatif, plus l’individu est sous tension. Bien entendu, cette double évaluation est orientée en fonction de dispositions personnelles de trois ordres, qui interagissent entre elles :


dispositions psychologiques : ce sont les dimensions de la personnalité augmentant la sensibilité aux facteurs de stress. Certaines personnes ont par exemple une personnalité à affect négatif, autrement dit elles ont tendance à voir plus facilement le côté sombre des choses. Autre trait de personnalité, le fait d’avoir une personnalité qui est en permanence dans l’urgence du temps et dans la compétition, quitte à s’énerver souvent, voire très souvent ;


dispositions sociologiques : tout le monde n’est pas logé à la même enseigne en termes de ressources sociales. De nombreuses études montrent qu’il existe une différence importante suivant le sexe, l’âge et le statut social. L’archétype de la personne défavorisée face au stress serait « la femme » âgée de plus de 45 ans, employée à mi-temps et éventuellement célibataire avec enfants à charge ;


dispositions biologiques : l’âge, le sexe, l’état de santé et de fatigue sont des variables qui vont agir sur la manière dont nous percevons le monde extérieur. L’important est de sentir que l’on est en forme physiquement. Tout le monde n’a pas le même capital santé au départ, bien que la médecine préventive ait montré que l’exercice régulier et les règles de vie peuvent augmenter les facteurs de résistance.


Lorsque nous sommes en état de stress, nous réagissons pour tenter de le diminuer. Ce phénomène de régulation est appelé homéostasie, c’est à dire un retour à l’état d’équilibre de la psyché.


Il déclenche deux modes de réaction archaïques ayant évolué dans le temps. Le premier consiste à éviter un facteur de stress, ou plus précisément à le fuir. Ce mode d’adaptation était très utile aux temps préhistoriques lorsqu’un homme se trouvait devant un animal dangereux. Placé dans une telle situation, il lui était avant tout nécessaire de calmer sa peur pour ne pas être repéré. Il devait cependant manger et parfois affronter son facteur de stress, c’est-à-dire chasser un animal. Ce mode d’adaptation nécessitait d’être dans des dispositions physiques d’attaque où le corps se prépare à être agressif.


À notre époque moderne, les facteurs de stress ont changé, mais nos modes d’adaptation fonctionnent encore sur la même dichotomie : fuir ou combattre.


Rassurez-vous, ils se sont toutefois nuancés. Les spécialistes parlent plutôt d’une dichotomie entre un mode d’adaptation par l’évitement (réduire les émotions provoquées par une situation de stress) et un mode d’adaptation par résolution du problème (éliminer les facteurs de stress). Face aux situations de stress, chaque individu préférera un mode de réactions type. Ces modes d’adaptation sont appris durant l’enfance et se renforcent en fonction des événements de vie. Concernant l’efficacité de ces modes d’adaptation, les études montrent que l’évitement est beaucoup moins efficace pour réduire à moyen terme le stress, car il entraîne le sentiment d’impuissance face à la situation. Il semble néanmoins efficace lorsqu’une situation est totalement incontrôlable, comme c’est le cas lors d’une catastrophe.


Tenter de trouver une solution est plus sain psychologiquement, car la personne utilise ses marges de manœuvre face aux facteurs de stress. Cela lui permet de retrouver un sentiment de contrôle, ce qui est primordial pour le maintien d’une bonne santé psychologique.


L’adaptation reste cependant une capacité limitée. Nous avons tous une limite physique et biologique en termes d’adaptation. Lorsque les facteurs de stress s’accumulent de manière excessive, l’individu (en général le salarié) ressent progressivement le sentiment d’être débordé.


Malgré des ressources psychologiques personnelles solides, l’accumulation répétée des facteurs de stress peut conduire à un débordement suffisamment important pour entrer dans une spirale d’usure mentale. Au-delà de l’aspect excessif d’un facteur de stress, c’est bien souvent sa récurrence qui le rend toxique pour un individu.


Le fait d’être débordé sur une courte période est rarement grave. En revanche, au-delà d’un certain temps, propre à chacun, l’état de stress va avoir des conséquences importantes et cumulatives pour l’individu.


Les conséquences du stress se classent en 4 catégories :


• Conséquences psychologiques :

- augmentation des troubles anxieux ;

- augmentation des troubles dépressifs ;

- augmentation des épisodes de détresse psychologique.


• Conséquences comportementales :

- augmentation de l’agressivité ;

- augmentation du repli sur soi ;

- augmentation de la prise de drogue et d’alcool ;

- augmentation de la désorganisation ;

- diminution des capacités de concentration et de mémorisation ;

- diminution des capacités de prise de décision.


• Conséquences physiques :

- augmentation des problèmes de dos ;

- augmentation des maladies cardiovasculaires ;

- perturbations du système immunitaire ;

- augmentation des troubles musculosquelettiques.


• Conséquences organisationnelles :

- diminution de l’engagement vis-à-vis de l’entreprise ;

- diminution de la créativité dans son travail ;

- diminution de la solidarité vis-à-vis de ses collègues ;

- diminution de la vigilance dans le travail (d’où risques d’accident) ;

- augmentation de l’intention de quitter l’entreprise ;

- augmentation de l’absentéisme de courte durée.


Les conséquences les plus importantes d’un stress élevé et chronique concernent l’apparition de troubles anxieux et/ou dépressifs. L’anxiété pathologique se traduit par une tension physique associée à des perceptions de peur, des soucis excessifs, et prend parfois la forme de crises d’angoisse.


Sur le plan comportemental, elle se manifeste par des inhibitions, un évitement des situations anxiogènes et une hyperactivité inefficace. Elle peut aussi conduire à des blocages intellectuels. La dépression est un état dans lequel on retrouve, depuis au moins deux semaines, tristesse, perte d’envie, de plaisir, des troubles du comportement alimentaires, et une vision de soi négative. Elle induit un ralentissement physique et intellectuel, source de fatigue et de découragement, ainsi que des troubles du sommeil.


Critères du syndrome de fatigue chronique :


Triades de symptômes majeurs

Fatigue sévère ou persistante

Fatigabilité anormale

Mauvaise récupération après effort


Symptômes d’accompagnement

Troubles de la concentration et de l’attention

Troubles de la mémoire

Trouble du sommeil

Arthralgies et myalgies diffuses


Lorsque le stress aigu se prolonge, le lien entre la personne et son travail devient de plus en plus négatif, conduisant progressivement à des troubles psychologiques.




Pascal Patry

Praticien en psychothérapie

Psychanalyste


Index bibliographique :


Gestion du stress et de l'anxiété



Il existe cependant un continuum entre un stress normal et un stress dangereux pouvant être qualifié de risque psychologique

Lorsque nous sommes en état de stress, nous réagissons pour tenter de le diminuer

Malgré des ressources psychologiques personnelles solides, l’accumulation répétée des facteurs de stress peut conduire à un débordement suffisamment important pour entrer dans une spirale de d’usure mentale

Sur le plan comportemental, elle se manifeste par des inhibitions, un évitement des situations anxiogènes et une hyperactivité inefficace