Marketing spirituel et réalité de l'âme

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Un thérapeute — du grec therapeutēs, ‘celui qui soigne’ — est celui chez qui, un autre, va venir puiser de la substance psychique dans la recherche, dans la quête qu’il mène vers lui-même, pour l’intégrer à sa propre substance psychique, pour, au final, se trouver lui-même.

Mais il y a dans ce transfert de substance psychique une vérité : la réalité vers laquelle on conduit quelqu'un est liée à celle dans laquelle on se trouve soi-même. Et ceci est valable autant pour la réalité théorique que pour la réalité pratique.

Que le thérapeute le veuille ou non, les principes fondamentaux de la réalité spirituelle qui valent pour lui le « dépasseront » et deviendront toujours davantage principe ordonnateur de l'autre.

Si la vie spirituelle du thérapeute est avant tout conditionnée par son « moi », chez le patient également tout s'ordonnera bientôt autour de ce moi.

Ce qui constitue la spiritualité d’une personne c’est son état d’esprit. Avant de vouloir acquérir plus de spiritualité dans le sens de l’augmenter, il faut d’abord agir sur ce qui constitue son propre état d’esprit.

Spiritualité vient du latin spiritualitas : « fait d’être esprit ».

Se spiritualiser, c’est apporter des modifications structurelles à son propre état d’esprit. Mais changer son état d’esprit ne va pas sans entrer dans les profondeurs de son être propre, et ainsi approcher de la Vie en soi. Cette approche exige un grand effort de volonté.

Or, nous vivons en des temps, où à tous les coins de rue, on vend des méthodes qui laissent apparaître une spiritualité facile, quasi idyllique.

La façon de procéder pour vendre ces pseudo-méthodes de spiritualisation au consommateur est très intelligiblement enrobée de très belles phrases avec de jolis mots. Or, cette belle intelligence n’a rien à voir avec une quelconque spiritualisation véritable de l’être, car ces méthodes omettent de dire que grandir c’est « souffrir ».

S’engager sur un chemin de spiritualisation ne doit cependant pas faire peur, même si « souffrir » est quelque chose que l’on n’aime pas entendre. Il faut seulement être honnête et dire que le remaniement intérieur passe par des périodes qui ne sont pas forcément agréables. C’est comme ça.

Lorsque quelque chose devient désagréable dans l’âme, c’est le signe que quelque chose avance dans la vie de cette âme. C’est souvent dans ces instants d’inconfort qu’une âme se décide à consulter, hélas parfois un peu tard.

Pour grandir, se spiritualiser, un esprit a besoin de mettre des mots sur des maux. Ce processus de mise en mots est ce qui crée l’inconfort, car cet inconfort cherche son confort. On comprendra aisément que de ne pas avoir de mots à mettre sur les maux, c’est ne pas avoir de sens. Car le sens de la vie vient des mots. C’est par eux que les choses deviennent intelligibles. Et ce qui devient intelligible est mieux accepté. Voilà pourquoi nous avons tant de « problèmes avec ce qui nous fait souffrir ».

Les maux cherchent des mots pour guérir. Les mots mènent à la connaissance des choses, disait Platon.

Victor Hugo, quant à lui, disait : « la parole c’est le verbe et le Verbe c’est Dieu ». Qui cherche la divinité en soi cherche le Verbe, cherche la Parole et trouve au final sa parole, celle de son moi intérieur inaliénable et inaltérable. On espère alors que les êtres se mettent à parler, parler qui n’a rien a voir avec discuter, dialoguer, bavarder, causer, converser, discuter, papoter, et j’en passe.

Parler vient du latin exprimere, ‘faire sortir de soi’… Faut-il encore trouver ce soi pour en faire sortir quelque chose ! C’est pourquoi l’on parle beaucoup en thérapie, même dans les moments de profond silence…

On l’aura compris, l’état d’esprit — notre spiritualité — est directement lié à la plus grande profondeur d’être qu’il nous est donné d’avoir à un instant T. C’est cela notre conscience. Notre connaissance momentanée des choses de la vie, — notre spiritualité — c’est elle qui produit notre conscience. Si je pouvais toucher le divin en moi, ma conscience serait plus élargie que lorsque ma conscience cherche les secrets de la vie. C’est logique, nous ne sommes pas au même niveau de profondeur.

Souvenons-nous que pour entrer au royaume des cieux, il nous faut redevenir comme des petits enfants. Ce sont les paroles du Christ. En d’autres termes, il nous faut retrouver l’innocence d’avant notre naissance. Peu de personnes ont une idée de la puissance qui se trouve derrière cette innocence, et c’est elle pourtant qui en conscience, nous permettra d’élever notre humanité.

Putain de rivière ! C'est déjà assez les rochers, Les courants contraires, Combien d'entre nous atteindront, A l'heure dernière la source première ? : Serge Lama.

Il n’y a qu’un moyen d’aller vers cet objectif de redevenir un petit enfant, de retrouver la source première, et c’est le travail sur soi à la force de sa volonté propre. Il n’y a que le courage de traverser les souffrances de notre développement — ces souffrances qui se sont accumulées comme des couches successives, comme des strates géologiques, au fil de nos interactions avec nos figures d’attachement, — qui mène à une spiritualisation de l’être. Mais descendre en soi ne consiste pas à chercher son nombril, les choses sont plus complexes que cela.

Vivre viscéralement les changements qui s’opèrent en nous tout au long d’un travail sur soi est ce qui nous ramène chez nous, en notre centre, avant que quoi que ce soit de douloureux ne soit venu envelopper, de l’extérieur, ce centre.

Alors à partir de ce centre rayonne l’être véritable que nous sommes, notre être véritablement spirituel, celui qui est vie et qui l’étant la connaît.

L’innocence devient consciente. Mesurez la puissance, la force qui peut accompagner cette innocence consciente. Elle donne le vertige : la Vie consciente d’elle-même dans une âme. Omniscience, savoir, sagesse, lumière, paix. N’est-ce pas là le vœu secret de chacun lorsque nous sommes écrasés par les vicissitudes du quotidien ?

Comme une cacahuète qui s’enrobe de caramel une fois qu'elle est tombée dans le chaudron, et qui oublie son véritable visage, de même nous avons oublié la divinité en nous, cette divinité qui s’est enrobée tout au long de notre ontogenèse, c'est-à-dire tout au long du cours du développement de l’individu du moment où l’œuf est fécondé jusqu’à l’âge adulte.

Cette divinité en nous, seule véritable spiritualité, nous devons la retrouver, c’est notre seule planche de salut. La Vie est en danger parce que nous avons perdu le chemin de la vie en nous. Comprenons-nous encore vers quoi nous porte notre développement d'être humain ?

Nos esprits, notre spiritualité s’engourdissent dangereusement.

L’image de ce que sont nos états d’esprit, de ce qu’est notre spiritualité, notre conscience de la Vie et du vivant ; c’est l’état général de notre monde qui nous la renvoie.

Devant ce qui commence sérieusement à tous nous inquiéter, nous nous soumettons à des machines dont nous espérons qu’elles viendront suppléer à notre grave manquement de redevenir qui nous sommes. Nous leur donnons le pouvoir de nos faiblesses, ce qui fait de nous des esclaves grandissants. Oui, le pouvoir de la machine augmente devant les faiblesses des Hommes.

Alors, je le dis avec une certaine solennité : chaque être est un enfant de la nature et en lui sont déposés la puissance de cette nature, comme en chaque marron se trouve toute la puissance du marronnier. Penser que recycler le plastique va arranger nos problèmes, que végétaliser les villes va améliorer nos problèmes, etc. c’est penser en être matérialiste, pas en être spirituel. Il ne s’agit pas d’adapter ou de prendre soin de notre environnement même si cela participe à des améliorations. Ce qu’il s’agit de produire c’est un changement de paradigme dans l’Homme lui-même — soyez le changement que vous voulez voir dans le monde, Le Mahatma Gandhi. Le modèle obsolète n’est pas dehors, car dehors c’est seulement le reflet de notre état d’esprit. Le modèle obsolète c’est notre état d’esprit lui-même, c’est le peu de conscience que nous avons avec un manque évident de guides capables de réanimer cette vérité que nous avons pour la plupart oubliée : nous sommes les derniers nés d’une longue évolution, nous sommes donc les plus avancés, ceux qui portent tous les bénéfices de tout ce qui a précédé. Ceux qui parlent de l’Homme comme d’un problème ont perdu tout sens de la raison, quant à ceux qui disent que l’on vit sur une planète paumée dans l’immensité du cosmos ont perdu le sens de la logique.

Il est inutile de nous augmenter par quelques procédés que ce soit. Il s’agit de se débarrasser des couches de poussières que la vie et le temps ont déposées sur nos âmes, car nos âmes sont le principe spirituel de vie et de pensée, conçu comme immortel. Je le répète : nos âmes sont le principe spirituel de vie et de pensée, conçu comme immortel — Le Grand Robert de la langue Française.

Rien ne s’anime sans âme, et sans amour il est vain d’essayer de comprendre ce mystère. L’intelligence cérébrale ne nous est d’aucun secours. Une âme c’est le mystère intelligible en lui-même et par lui-même. L’âme est pure conscience du vivant et cela lui est suffisant puisque c’est là que réside le secret de sa Totalité.

Si nous avons tant de besoins, tant de désirs, souvent peu ou jamais assouvis, nous entraînant dans un mouvement toujours plus destructeur, c’est que nous n’avons plus rien de ce principe spirituel qu’est notre propre âme. Il en serait bien autrement si nous le retrouvions. Inimaginables seraient nos conditions de vie au gouvernail de ce principe vital. « L’horreur » est que nous ne nous possédons même pas. Nos identités se limitent à notre patronyme, à nos identifications, à nos désirs, à nos manquent. Mais que peut-il donc manquer à ce qui en soi est éternel ? N’est-ce pas là le signe d’un profond sommeil en notre époque qui vend de l’éveil spirituel à chaque coin de rue ?

Retrouver la conscience de ce principe spirituel est la quête de toute âme humaine, même si elle-même n’en a pas conscience. Elle ne peut d’ailleurs avoir d’autre quête, car c’est dans sa nature même de provoquer les phénomènes du vivant, elle qui est la Vie.

A propos de l’illumination : « Dans notre conscience, à chacun de nous, c’est l’Évolution qui s’aperçoit elle-même en se réfléchissant », Pierre Teilhard de Chardin.

 Cette quête, cette prise de conscience que « quelque chose » en nous mène l’évolution,  cette quête de notre âme demande en chacun force, courage, elle demande que chacun regarde dans une même direction en refusant en soi ce qui n’y mène pas et en posant des actes vers ce qui y mène. Tout ceci laissé à la conscience de chacune et chacun. Rien ni personne ne peut spiritualiser qui que ce soit. Nous pouvons tout au plus nous nourrir de ce que nous voyons de beau dans l’esprit d’un autre, quand cela nous est donné de le voir. Sans quoi le rideau de l’inconscience ne se lève pas, rideau devant lequel tout être fait une levée de boucliers lorsque quiconque essaye de le lever.

C’est dire notre enfermement…

Un marron n'est pas au centre du marronnier, il n'est pas le marronnier, mais il porte en lui le marronnier. De même, nous ne sommes pas au centre du monde ni le centre du monde. Nous portons cependant le monde en nous. De l’amener à la conscience et de le vivre, c’est tout ce qui nous manque.


Pascal Patry

Praticien en psychothérapie.

Psychanalyste.

Astrologue.





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