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Le concept d’Ombre


Je suis mon propre inconnu


Cette instance s'apparente au double inversé habitant chaque individu et qui contient l'ensemble des traits de caractères gardés dans l'inconscient n'ayant pu, faute de conscience, se développer et s'élaborer. Cette partie inconnue de l'être, comme un frère jumeau auquel on ressemblerait, s'oppose malgré tout au moi qui l'ignore.


Selon Jung, lorsque cette ombre se manifeste dans les rêves, elle prend le plus souvent la forme d'un personnage du même sexe que l'individu, mais joue un rôle opposé à la personnalité réelle.


Si l'individu est vif, courageux et indépendant, son ombre se révélera amorphe, lâche et dépendante. A contrario une personnalité timide, discrète et réservée laissera apparaître une ombre audacieuse, effrontée et frondeuse.


L'ombre est un archétype fondamental qui représente tout ce qu’une personne dénie. La rencontre avec cette partie ignorée de soi-même englobe la tâche la plus difficile car il s'agit de mettre en lumière le côté sombre de soi et de remonter à la source noire, avec peur et horreur parfois, décidé à reconnaître en soi le matériau imparfait, vil et grossier qui nous constitue. [Cf, dialogue du petit gardien]


L'expérience de cette plongée abyssale comporte bien sûr certains dangers, mais aucune évolution ne s'effectuera sans cette exploration. Cet autre aspect de nous-même qui se tient dans l'inconscient personnel puise néanmoins son énergie dans le substrat de l'inconscient collectif et nous fait prendre contact avec notre être inférieur.


L'expression des émotions, peur, colère, chagrin, angoisse..., nous met en relation, de façon perturbante et désagréable, avec cette personne étrangère que nous sommes, nous conviant à découvrir à travers la manifestation du Dr Jekyll qui nous habite, le M. Hyde qui sommeille en nous.


Nous le disons d'ailleurs fort bien quand nous sommes dépassés par certains événements et que nous perdons tout contrôle de la situation : «Je ne sais pas ce qui m'a pris, je n'étais pas moi-même, je ne me suis pas reconnu... »


La part ignorée et primitive, impulsive et animale s'est ainsi incarnée. À l'origine, l'être humain est porteur d'une identité archaïque ou participation mystique, c'est-à-dire d'une indifférenciation du sujet et de l'objet. C'est donc ainsi que nous projetons sur les autres nos propres contenus intérieurs, positifs ou négatifs, sur les objets extérieurs.


Nous retrouvons cet état d'indifférenciation dans le comportement fusionnel du bébé avec sa mère qui ne sait pas distinguer le dedans du dehors. Le travail d'évolution, le processus d'individuation conduit au retrait des projections sans lesquelles aucune transformation n'est possible, mais cela demande un véritable effort et toute la volonté du moi qui doit accepter ce qu'il est et non ce qu'il s'imagine être.


La désidentification à la persona questionne sur la notion d'apparence et dynamise la tension entre conscient et inconscient.


Siégeant aux confins de l'inconscient, collectif et individuel, se tient le subconscient porteur des contenus de l'ombre. Dans la pensée de Freud, il s'agit seulement de pulsions refoulées de la conscience, le Ça, qu'il limite uniquement à l'inconscient personnel et qui recèle également les mécanismes de défense et d'interdit. L'aventure proposée par Carl Gustav Jung élargit le champ d'investigation et s'étend à un autre inconscient dit collectif, porteur de la mémoire universelle constituée d'images mythiques et ancestrales, les archétypes [L’Ombre en astrologie].


L'ombre est donc un archétype à part entière constitutif de l'inconscient personnel, néanmoins commun à l'humanité et devenant ainsi un fait collectif. Lors d'une émeute ou d'une bagarre, ce sont les aspects collectifs de l'ombre qui surgissent. L'ombre est rebelle aux normes sociales ainsi qu'à ses contingences et à ses conditionnements et se manifeste toujours en réaction plus ou moins hostile à ceux-ci. À ce sujet Jung écrit :


« L'ombre est un problème moral qui défie toute la personnalité du moi, car nul ne peut réaliser l'ombre sans un déploiement considérable de fermeté morale ».


Le contenu de l'ombre est d'ordre primitif, archaïque et inadapté. Ce ne sont ni forcément ni systématiquement des valeurs mauvaises risquant de mener à des états culpabilisants, qui empêcheraient le processus de fonctionner positivement vers son terme.


L'ombre est cette personnalité cachée, refoulée, le plus souvent inférieure et chargée de culpabilité, dont les ramifications les plus extrêmes remontent jusqu'au règne de nos ancêtres animaux [Pourquoi le Zodiaque a-t-il des noms d’animaux ?] ; elle englobe ainsi tout l'aspect historique de l'inconscient...


Si l'on admettait précédemment que l'ombre humaine était la source de tout mal, on peut maintenant, si l'on y regarde de plus près, découvrir que l'homme inconscient, précisément l'ombre, n'est pas uniquement composé de tendances moralement répréhensibles, mais qu'il comporte aussi un certain nombre de bonnes qualités, des instincts normaux, des réactions appropriées, des perceptions réalistes, des impulsions créatrices...


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